VIR ANDRES HERA

Camille Bardin

Bonjour à toutes et à tous. J’espère que vous allez bien. Aujourd’hui je reçois l’artiste Vir Andres Hera pour parler de langage, d’amitiés queer et de Soeur Juana Ines de la Cruz.

Camille Bardin

PRÉSENT.E est un podcast dans lequel je souhaite porter au jour ce qui vient en amont puis en aval de l’art contemporain. Mes questions portent donc rarement sur les œuvres en elles-mêmes mais davantage sur toutes les réflexions et les doutes qui gravitent autour de celles-ci. Car ici je m’intéresse d’abord à la manière dont la vie de mon invité.e impacte son travail puis à l’inverse à la façon dont son travail vient impacter sa vie. Dans PRÉSENT.E j’essaie de mener les conversations comme j’ai l’habitude de le faire en tant que critique d’art dans les ateliers d’artistes ou à la terrasse des cafés. Sauf qu’ici nous sommes enregistré.e.s et vous avez la possibilité de tout écouter.  [JINGLE SUR TAPIS]

Camille Bardin

En mars dernier, je suis partie à Lille pour voir l’exposition qu’avait curaté une amie que vous connaissez bien si vous êtes des auditeurices assidues de PRÉSENT.E, parce que je dois parler d’elle dans un épisode sur deux, il s’agit de Flora Fettah. Elle organisait dans l’exposition “format à l’italienne”, une conférence performée de Vir Andres Hera et Clovis Maillet sur les amitiés queer au Moyen-âge. C’était absolument génial alors je leur ai proposé de récidiver lors de la journée de perf que nous organisions à The Left Place, à Reims, dans le solo show de L. Camus Govoroff que je curatais. Ce jour-là, les voix de L., Rose-Mahé Cabel, Héloïse Farago et Vir Andres Hera se sont jointes, on a beaucoup ri et aussi beaucoup pleuré. C’était une journée vraiment très très intense. Si vous le voulez, vous avez un épisode consacré à chaque artiste que vous pouvez réécouter. Mais aujourd’hui, c’est Vir Andres que je reçois (enfin !) dans PRÉSENT.E, pour parler de voix qui se croisent, se rencontrent et se répondent… Bonjour Vir Andres…  

Vir Andres Hera

Bonjour Camille.

Camille Bardin

Comment ça va ?

Vir Andres Hera

Ça va bien…

Camille Bardin

On réussi enfin à se voir !! 

Vir Andres Hera

Oui on réussi enfin… Et je profite de ce passage éclair dans Paris pour te rencontrer. Merci de m’accueillir chez toi.

Camille Bardin

Avec plaisir et merci pour ton temps. Je sais que tu cours de partout, vraiment. Donc vraiment vraiment je te remercie d’être là. Je voulais qu’on commence ton interview en parlant d’une figure que tu convoques très souvent dans ton travail. Il s’agit de Sœur Juana Inès de la Cruz, une sorte de lesbienne proto féministe, une personnalité fantasque sur laquelle tu travailles beaucoup. Est ce que tu peux nous la présenter s’il te plait ?

Camille Bardin

Sor Juana Inès de la Cruz c’est une femme qui est née dans le Mexique baroque. Oui, on est dans la période du siècle d’or de la poésie espagnole des deux côtés du continent et c’est ce qu’on appelle une fille bâtarde, parce qu’à l’époque, les enfants dont on ne connaît pas le nom du père, on les appelle comme ça. Donc, même si c’est une femme privilégiée parce que Blanche, elle a un statut un peu particulier à cause de cette configuration familiale, et très vite, elle apprend à lire et à écrire plusieurs langues. Elle apprend le latin avec une bible et puis elle apprend aussi l’aztèque ou nahuatl qui est la langue autochtone la plus parlée à l’époque pendant la colonie et encore aujourd’hui. Et en fait c’est un enfant génie et elle devient une poétesse parce qu’elle décide de renoncer à une vie qui lui est attribuée par son statut de femme. Et en fait, elle, elle décide de rentrer dans un couvent pour passer le reste de sa vie. Parce que c’est un peu la seule issue pour pouvoir se consacrer à son art qui est l’écriture. Entre autres parce qu’elle était aussi un peu astronome, un peu dramaturge. Elle faisait de la cuisine, elle faisait des sortes de performances et aussi des choses avec des objets. Elle faisait tout un tas de choses qui font que c’était un personnage vraiment unique et pas que dans l’histoire du féminisme ou dans l’histoire de la poésie ou celle de la sexualité. Et donc c’était une femme qui explicitement dans ses écrits, aimait les femmes, aimait d’autres femmes. Et en fait, ça l’a conduit à la censure de la part de l’Église et du gouvernement, alors que pendant sa vie, elle jouissait d’une reconnaissance outre-Atlantique, ce qui était très rare à l’époque. Mais elle a été censurée. Et puis finalement, elle est morte dans le couvent d’une maladie qui a décimé la population du couvent.

Camille Bardin

Donc vraiment une vie incroyable… Du coup, quand tu en as parlé lors de cette performance avec Clovis Maillet j’ai halluciné. Enfin, c’est vrai que c’est une figure complètement extraordinaire. Et tu te doutes pas que t’as ce genre de personnalité qui existaient à cette époque là. Donc c’est complètement fou. Et du coup, sans faire une lecture anachronique de l’histoire, j’avais envie de dire en quelque sortes ce que prouve l’existence de Sor Juana Ines de la Cruz, c’est que les identités queer, les amours lesbiens, les féminismes etc. Qu’on essaye de nous faire passer comme une espèce de mode occidentale, était déjà présent en fait au Mexique et au XVIIᵉ siècle, et j’imagine par ailleurs dans le monde entier.

Vir Andres Hera

En fait, il était très documenté à cette époque là au Mexique, que des femmes avaient des rapports privilégiés entre elles. Là, encore une fois, c’était peut-être pas toutes les femmes qui pouvaient privilégiées de ces rapports là, mais il y a quand même des documents qui prouvent que il y avait des rapports très intimes entre des femmes de la haute société aristocratique et des femmes religieuses. Et en fait, je suis venu.e à Soeur Juana, parce que je me suis intéressé.e à las mujas colonadas qui sont des femmes qui décident de ne pas suivre le chemin de la maternité, du mariage, de la reproduction, etc. Et qui décident de prendre le chemin du couvent parce que c’était un peu le chemin alternatif…

Camille Bardin

pour sortir de l’hétéro-patriarcat quoi.

Vir Andres Hera

Voilà. Donc il y avait toute une cérémonie dans laquelle c’est le dernier jour où elle portait des vêtements mondains et du coup elles sont ornées de pleins de pleins de fleurs. Et apparemment Soeur Juana a eu une cérémonie comme celle ci. Et puis après, leur vie deviendrait une vie sans luxe, une vie sans mondanités, une vie dédiée. Voilà. Et ce que je voulais dire par rapport à la sexualité de Soeur Juana, c’est qu’elle est contestée dans les milieux académiques. C’est même, il y a très peu des chercheurs qui se sont vraiment attardés à défendre son homosexualité. Parce que Soeur Juana, c’est vraiment un symbole national. Elle est sur les billets de 200 Pesos au Mexique et elle est dans les livres, dans les cours d’espagnol pour les petits enfants, elle est étudiée dans les programmes des littératures hispaniques à Harvard, dans toutes les universités américaines, et elle est un étendard des luttes lesbiennes des luttes féministes, et sa vie a été adaptée dans des films en Argentine, en Espagne, au Mexique et elle est vraiment une sorte de… 

Camille Bardin

de rockstar !

Vir Andres Hera

Oui, d’icône pop qui vient hanter le présent. Enfin, sa vie a été réinterprétée de plein de manières et cette approche qui est pas seulement la mienne, de voir en elle une icône queer et pas seulement féministe, ou pas seulement lesbienne, je le vois vraiment parce qu’elle a vraiment décidé de se désengager de la vie qui aurait pu être la sienne pour se dédier à l’art et dans des conditions qui étaient vraiment très difficiles et qui ont été très rudes pour elle et qui l’ont conduit à sa mort. Mais en fait, pour moi, je vois dans ce choix une sorte de queerness d’avoir su dire son amour par ses lettres, par cette écriture, d’avoir dit son amour pour d’autres femmes aussi. Dire son amour pour Dieu… En lisant aujourd’hui ces textes, même religieux, je trouve que pour moi c’est queer parce qu’elle introduit des personnes qui n’étaient pas du tout représentées dans la société mexicaine comme des personnes noires, comme des personnes autochtones et elle les met à la même place que des personnes blanches issues de l’Espagne et que des personnes blanches issues du Mexique et que des riches commerçants et que des femmes religieuses. Et là, elle met un homme noir qui parle et qui dit moi je suis, je suis comme vous et je suis là et j’ai le droit d’exister. Et elle a fait tout ça et pour moi des pensées comme ça dans ce moment du Mexique et en étant finalement confinée, en étant enfermée, c’est pour moi, c’est une pensée queer, c’est que ce n’est pas seulement l’acte de vivre sa sexualité, c’est aussi tout ce qu’elle a enclenché.

Camille Bardin

J’ai vraiment découvert cette figure grâce à toi et c’est complètement délirant… Je ne savais même pas qu’elle était si connue et je l’ai vraiment rencontrée grâce à toi donc merci. J’espère qu’il y aura des auditeurices qui découvriront aussi cette personne via tes mots. Tu commences déjà un petit peu à en parler, mais les langues sont très importantes dans ton travail. Quand tu performes, tu switches en permanence entre l’anglais, le français et l’espagnol, mais aussi avec des langues beaucoup moins employées comme le nahuatl. Une langue aztèque que tu apprends depuis quelques années maintenant. Tout ça m’a fait penser à Paul B. Preciado qui expliquait que le fait d’avoir appris le français lui avait permis de formuler des phrases et des idées qu’il n’aurait sans doute pas osé approcher dans sa langue maternelle. Dans ton cas, pourquoi tu as décidé de naviguer ainsi entre les mots, entre les langues, à travers tous ces mots là ?

Vir Andres Hera

Hum. Je pense que je vais devoir être obligée de parler un peu du contexte politique duquel je viens, c’est à dire que je suis mexicain et au Mexique, il y a une identité nationale très forte qui est liée à la langue espagnole qui nous a été imposée et qui est devenue la langue officielle du pays. Même si elle n’est pas officielle, elle est de facto officielle. Mais au Mexique, il n’y a pas de langue officielle. Or, vraiment, tout Mexicain est censé porter la langue espagnole comme un étendard de son identité. Et ça a été le cas, on le voit aujourd’hui avec l’identité des Mexicains aux États-Unis, où l’espagnol est une manière de revendiquer son identité. Or, pour moi, en habitant en France, je me rends compte que c’est bien le fait de sortir de ma langue et de commencer à réfléchir en français. En fait, c’est aussi vis à vis du Mexique une forme de trahison. Et dès lors que je reviens au Mexique et que j’oublie un mot ou que je dis quelque chose qu’on ne dit pas dans la bonne syntaxe ou dans la bonne orthographe, je suis perçu comme le mexicain ou la personne mexicaine qui est partie et qui se prend pour mieux que nous parce que tu parles français et donc qu’est ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu’il y a toujours des jeux de pouvoir et des privilèges liés à la langue que tu parles. Mais pour moi en tout cas, personnellement, je suis conscient de toutes ces problématiques là. Mais moi j’ai décidé de vraiment utiliser le français comme étant ma langue d’écriture parce que c’est une langue que j’apprécie, c’est une langue…  C’est très bien cet exemple de Paul B. Preciado… C’est une langue qui me permet de m’engager différemment par rapport à ma situation, par rapport à ma vie et de dire des choses que j’aurais pas pu dire ou d’exprimer des choses que peut-être je ne ressens pas en espagnol, de sortir des secrets qui sont peut être trop durs en Espagnol et d’engager ma vie à travers ces langues de manière différente. Et par rapport au Nahuatl. C’est une langue autochtone qui est encore parlé aujourd’hui au Mexique. Le Mexique est un pays colonisé et il y avait plein, plein, plein de langues. Mais ce qu’il faut savoir, c’est que, à l’intérieur de cette multitude de langues, il y a des langues qui étaient aussi des langues de l’Empire, comme les Mayas, comme le Nahualt et particulièrement le Nahualt, parce que le Nahualt, ça se parlait depuis ce qui est aujourd’hui le Nouveau Mexique. Jusqu’à la Colombie en fait.

Camille Bardin

Oui, donc c’était une langue étendue.

Vir Andres Hera

Impériale même ! Et à l’époque de Sor Juana par exemple, c’est une langue qui encore la première langue avant l’espagnol. Parce que le Mexique n’est pas encore hispanique dans sa totalité. Il reste beaucoup de communautés et aujourd’hui elle reste quand même la langue autochtone la plus parlée. Et j’ai commencé à l’apprendre dans une démarche non pas de me réapproprier quelque chose qui serait mon histoire, mais plutôt dans une démarche de parler avec l’histoire. Parce que de la même manière qu’en France, il y a des rues qui s’appellent le général Charles de Gaulle ou boulevard Clémenceau ou je ne sais pas quoi… Ben au Mexique tout est en Nahualt. [donne des noms de rues en Nahualt] Tout est en Nahualt.

Camille Bardin

Oui, donc c’est vraiment un lien que tu crées aussi en apprenant cette langue.

Vir Andres Hera

Donc comme je me suis intéressé.e à l’histoire d’une façon mythologique, comment est ce qu’on peut comprendre la mythologie du Mexique si on comprend pas comment ont été nommés les choses ou qu’est ce que ces choses veulent dire ? Et d’une manière plus large, comment est-ce que je pourrai accéder à une culture autochtone qui est la mienne, c’est à dire la culture Otomi ? Parce que je suis descendant d’une culture Otomi qui n’est pas Nahualt. Mais comment est-ce que je pourrais imaginer accéder à cette connaissance dont je n’ai plus accès parce que mes ancêtres ne m’ont pas transmis cette langue alors même que je ne peux pas accéder à la culture qui détient l’autre culturel ?

Camille Bardin

Oui t’es obligé.e de rentrer par strates… Et du coup apprendre le Nahualt c’est aussi commencer à toucher du doigt l’autre…

Vir Andres Hera

Oui. Comme des sortes de matriochkas.

Camille Bardin

Oui c’est ça oui, l’image est parfaite.

Vir Andres Hera

Et de la même manière. Pour finir la réponse, en apprenant le français depuis quinze ans en France, je découvre les littératures caribéennes, les littératures du Québec, les littératures du Nord-Afrique, de l’Afrique de l’Ouest, enfin voilà même de l’Europe francophone autre que la France, même les patois et même tellement plein de choses que finalement peuvent se dire à partir de ces langues impériales comme l’espagnol, le français, l’anglais, etc. Et donc ma démarche, ce n’est pas dire que je parle français, donc je suis plus noble que n’importe quel autre mexicain. C’est vraiment une démarche personnelle à travers laquelle je découvre et je nage et ça me plaît d’être dans ces eaux et de découvrir des choses ensemble.

Camille Bardin

Mais c’est ça, c’est que j’ai l’impression que la langue, ça devient vraiment une espèce de liant en fait, avec toutes ces cultures et tous ces savoirs. Et d’ailleurs tu commençais déjà à l’esquisser en parlant d’impérialisme, et de privilège. Mais on pourrait se dire que la langue, c’est un endroit qui serait dépourvu de politique. Pourtant, en fait, on se rend bien compte qu’au contraire, il y a beaucoup d’enjeux qui l’occupent. La langue peut être émancipatrice. C’est notamment pour cela que l’écriture inclusive est de plus en plus mobilisée. Mais la langue peut aussi être un outil de mise en minorité et d’oppression. L’exemple le plus classique est celui de 1984 de George Orwell, pour montrer que c’est l’un des premiers leviers qui est actionné pour restreindre ou contrôler les imaginaires d’une population. Qu’est ce que toi tu en penses de tout ça ? Quel regard tu portes là dessus ?

Vir Andres Hera

Justement, je reviens fraîchement du Mexique où j’ai été invité·e à faire une résidence artistique dans une communauté autochtone via un artiste mexicain et un curateur français. L’artiste mexicain s’appelle Ulises Matamoros et le curateur français, qui habite depuis 35 ans au Mexique, s’appelle Michel Blanc Subet. Il travaillait anciennement au Musée d’art contemporain de Marseille. Le projet s’appelle Jacinthe Tahni. Il s’appelle d’après un mot Inguiba. Inguiba c’est la langue de la communauté dans laquelle on a été invité.es. C’est une langue qui a été oppressée par les parlants et les parlantes du Nahualt pendant des siècles. Donc c’est une communauté qui est à l’intérieur du Mexique et doublement minoritaire et doublement oppressée. Et je me suis beaucoup questionné·e sur ce que ça veut dire être un artiste, un expatrié du Mexique avec un privilège de mobilité, avec un privilège d’éducation, de venir questionner le rapport de ces communautés à leur langue. Et je me suis rendu·e compte aussi assez rapidement puisque c’est les gens eux-même qui te le disent, c’est que, en fait, il ne s’agit pas de venir faire de l’extractivisme. Mais par contre si nous – quand je dis nous, je parle des gens qui ont cette mobilité – si nous, on peut dégager du temps pour faire un projet en lien avec une langue minorisée, si on peut faire quelque chose au delà du résultat artistique, je ne sais pas encore ce que ça sera exactement. Mais si on peut faire quelque chose c’est élargir les liens de cette communauté avec le Mexique puis avec le monde… Je sais pas si ça répond à ta question.

Camille Bardin

C’est un exemple très concret du coup c’est encore mieux…

Vir Andres Hera

Mais justement, avec Ulises on réfléchissait. Parce que cette culture a été tellement minorisée, tellement opprimée pendant des siècles qu’il ne reste plus beaucoup de gens qui parlent cette langue. Et en fait, la question c’est un peu : comment s’imaginer reconstruire une culture à partir de pas grand chose parce qu’il ne reste pas, comme chez les Aztèques ou les Mayas, ou encore d’autres cultures autochtones du Mexique où il reste encore des calendriers, des murs, des fêtes, des archives, etc. Là, justement, il y a très peu d’archives, très peu de documents, très peu d’images et on arrive à cette question des images, l’image qui manque, voilà l’image qui manque… 

Camille Bardin

Mais du coup c’est hyper intéressant et du coup on suivra de près aussi l’évolution de ce travail là et tes réflexions voir à quoi ça va mener…

Vir Andres Hera

Oui. En fait, je pense travailler avec l’histoire des migrations des mexicains vers les états-unis qui se font depuis au moins six générations. Et en fait il y a des gens de ces villages précis qui habitent encore aux états-unis. Et moi je voudrai justement récupérer des images et me déplacer dans les endroits où ces gens sont pour rencontrer les gens de cette communauté. Si j’avais un peu de sous pour faire ce projet, je voudrais emmener l’image comme on emmène dans la culture catholique au Mexique – qui est une version du catholicisme très païenne et très différente de ce qu’on connaît en Europe. On fait des pèlerinages de village en village avec les images des saints et des tambours. Donc je m’imaginais un peu faire ça avec l’image. Et deuxième chose, par rapport à ce projet, je me disais que je voudrais… De la même manière que moi, je veux raconter ma version ou une version des archives qui sont très infimes… Ces personnes là elles me confient leur histoire et je prends l’ampleur de ce que ça veut dire de me confier son histoire. De l’autre côté, dans mon village, je suis allé·e récupérer des images d’archives de ma propre famille qui sont chez une tante. Et elle, elle ne veut pas me donner les photos. Mais voilà, c’est des images qui comptent.

Camille Bardin

Oui, bien sûr.

Vir Andres Hera

Mais du coup ma mère, elle m’a dit un truc que j’ai trouvé super beau et je pense que c’est un peu le nœud de ses projets et de pleins d’autres projets… Elle m’a dit, parce que tout le monde n’est pas proche avec cette tante, mais elle, elle m’aime bien.

Camille Bardin

Donc t’as un accès privilégié ! 

Vir Andres Hera

C’est une photo de ma mère avec un chat quand elle est enfant et elle tient un chat. Et en fait ma mère elle m’a dit : « il faut que tu retournes chercher cette photo. Parce que cette gamine, Personne s’en est occupée. » Parce qu’elle était la plus petite d’une grande fratrie. Et elle m’a dit : « Faut que tu retournes chercher cette photo. Parce que oui, personne a pris soin de cette gamine et en fait, il faut qu’on la récupère. » Disons que pour moi, ce qu’on peut faire en tant qu’artiste, c’est tenter de récuperer cette image manquante pour que ça fasse quelque chose dans le présent et dans le futur.

Camille Bardin

C’est vraiment une espèce de quête et où l’image a toute sa place. J’ai vraiment envie de savoir la suite du coup. Mais oui, effectivement, c’est ouf ! Enfin ça me touche beaucoup je crois.

Vir Andres Hera

Oui moi aussi…

Camille Bardin

J’imagine… Et je voulais qu’on parle maintenant d’une de tes découvertes qui est elle aussi complètement incroyable. Une découverte que tu as faite après avoir translittéré un poème de Sor Juana en écriture arabe. C’est-à-dire que tu as écrit en espagnol mais avec l’alphabet arabe. Et là tu es tombé·e sur un syncrétisme préexistant mais que tu ne connaissais pas jusqu’ici, qui s’appelle El Ajamiado. Est-ce que tu veux bien nous en parler ? C’est une découverte que je trouve folle…

Vir Andres Hera

J’ai commencé à apprendre l’arabe quand je suis arrivée en France il y a quatorze ans ou plus maintenant et du coup j’ai appris à l’écrire et je m’amusais un peu à écrire des choses avec ces caractères arabes. Et je le fais toujours sans savoir qu’en fait ça portait un nom et que ça existait réellement. Et en fait, c’est lorsque j’ai gagné cette bourse pour aller à la Casa de Velazquez à Madrid. J’étais dans mon atelier et puis je m’amusais à faire ces gribouillages, à translittérer des textes soit en français, soit en espagnol, soit en anglais avec des caractères arabes. Et là, il y a cette rencontre avec Marianne Brisville qui était chercheuse en résidence en même temps que moi et qui connaissait l’histoire del aljamiado. Qui était donc une manière d’écrire la langue espagnole qui était utilisée lors de al-Andalus donc toute la période entre 530 jusqu’à 1492, presque 1000 ans. Donc il y a plein plein de documents qui attestent l’aljamiado. Et en fait c’était une écriture ambigüe parce qu’elle n’était ni comprise par les chrétiens hispanophones, parce qu’iels ne comprenaient pas l’écriture arabe, ni des arabophones qui ne comprenaient pas l’espagnol. C’était donc un langage secret, presque, en tout cas intimiste. Et donc en fait, j’ai décidé à partir de ça de créer un film avec un des poèmes de Soeur Juana Inès de la Cruz qui s’appelle Primero Sueno, donc Premier songe en français. C’est une sorte d’introspection que certains et certaines ont catalogué comme une sorte de auto-psychanalyse qui cherche à comprendre l’inconscient, donc bien avant Freud. Et qui cherche, par un poème qui est hyper bien structuré, avec des vers, des décasyllabes, ce qu’on appelle ça en français, des alexandrins. Donc avec des alexandrins hyper baroques, hyper structurés, mais elle essaye de décrire tout ce qui se passe dès lors que tu fermes tes yeux, que tu commences à t’endormir, que tu rentres dans un stade et puis que l’âme s’enlève de la chair et l’âme rencontre les idées du passé. L’âme rencontre les pyramides de l’Égypte, les pyramides du Mexique, l’âme voyage et puis rencontre d’autres êtres qui n’ont pas de genre, qui n’ont pas de corps. Elle Raconte tout ça. Mais en fait, chaque être correspond à des choses qui se passent vraiment dans le cerveau. Donc il y a même eu des neuropsychiatres qu’ils ont étudié ce poème et qui se sont rendu compte qu’il y avait une relation entre comment est décrit les choses et vraiment ça se passe pendant le sommeil.

Camille Bardin

C’est incroyable…

Vir Andres Hera

C’est incroyable nan ?

Camille Bardin

Rah mais c’est tellement cool. Mais putain quand tu as découvert ça tu as du halluciner…

Vir Andres Hera

Pour moi, c’est poème qui est tellement alambiqué, parce que c’est un poème baroque, que je me suis dit : « c’est presque comme un tour de magie ». 

Camille Bardin

Mais complètement, une formule magique, quelque chose genre qui te fait passer du présent au passé. En plus ça correspond très bien à la conférence d’hier soir, on était toustes les deux à la conférence de Thomas Conchou et Brandon Gercara au Salon de Montrouge sur le chronopolitique et le passage du temps, etc. Je trouve qu’on y est bien aussi là… 

Vir Andres Hera

Clairement… Et je veux juste lire un petit truc juste pour dire que même pour un hispanophone c’est compliqué.

Camille Bardin

Avec grand plaisir ! 

Vir Andres Hera

« Piramidal, funesta de la tierra, nacida sombra, al cielo encaminaba, de vanos obeliscos punta altiva, escalar pretendiendo las estrellas. » C’est juste pour dire, donc j’ai translittéré le poème en arabe et ensuite j’ai demandé à deux amis. Enfin nan, à une amie qui vient d’Arabie Saoudite et à un homme inconnu que j’ai rencontré dans un kebab à Toulouse parce que j’étais dans un kebab et j’ai entendu sa voix. Je me suis dit je veux que ce soit lui.

Camille Bardin

Ok ! 

Vir Andres Hera

Donc en fait, je l’ai engagé, puis on est allé dans une sorte de laverie pour enregistrer ce truc et voilà. Et en fait, et en fait, pour moi, c’est comme de la magie lorsque eux ils lisent le mot translittéré en arabe qui est de l’espagnol avec aucune connaissance ni de l’un ni de l’autre de la langue espagnole, et que pour moi c’était un peu lui redonner cet aspect à la prononciation magique ou très très cryptique, ou la langue elle est…. enfin tu vois… 

Camille Bardin

Ben ne serait ce que le terme translittéré, je trouve qu’il est superbe. Enfin, on saisit complètement toute l’ambiguïté et ce déplacement aussi. C’est trop bien. Franchement, quand je préparais cette interview et que j’ai découvert ta propre découverte. J’étais tellement excitée, je trouvais ça tellement formidable. Et là d’avoir eu accès à l’ensemble de ta recherche… Je trouve ça génial !  

Vir Andres Hera

C’est gentil Camille ! 

Camille Bardin

Mais du coup, ton travail, je le perçois presque comme une sorte d’enquête  ethnographique. Je ne sais pas si le terme est bon, mais en tout cas, j’ai l’impression que tu cherches des liens, des croisements, des rencontres de certains peuples au travers des langues qu’ils utilisent. Tu tentes par exemple de créer des ponts entre les peuples aztèques et afro-mexicains comme tu le disais. J’ai l’impression que dans ton travail, les langues deviennent des territoires entiers, des sortes de terre d’accueil.

Vir Andres Hera

Déjà je pense que je vais m’arrêter sur le terme ethnographique qui est souvent perçu comme quelque chose de péjoratif dans le champ de l’art contemporain. C’est à dire que lorsqu’on dit d’un artiste ou d’une artiste que son travail est ethnographique, on pense souvent à l’appropriation culturelle.

Camille Bardin

Oui, on pense à un regard hyper exotisant… 

Vir Andres Hera

Oui, au fait de regarder l’Autre.

Camille Bardin

C’est ça…

Vir Andres Hera

Et en fait, je me rends compte que dans mon travail déjà, et aussi c’est ça qui anime beaucoup ce que je fais, c’est que les gens avec qui je travaille, ce ne sont jamais des inconnus. Enfin là je raconte cette histoire mais finalement j’ai passé toute une après-midi avec cette personne et…

Camille Bardin

Oui ! c’était une rencontre !

Vir Andres Hera

Oui, c’était…

Camille Bardin

À la fin de la journée, c’était plus un inconnu ! 

Vir Andres Hera

C’est ça ! Et ce que je veux dire, au delà de ça, c’est que moi, ce qui anime mon travail, c’est toujours ces rencontres. Et en plus de ça, je pense qu’il y a une manière de faire de l’ethnographie qui est depuis une place privilégiée en tant que citoyen, peut être des Etats-Unis ou de l’Europe qui va, qui a le temps et l’argent, et le privilège d’avoir ce temps pour aller regarder ailleurs et aller regarder ce qui se passe ailleurs, mais ensuite rentrer chez soi et aller tranquillement et prendre le temps aussi de l’écrire. Et en contrepartie, je pense que c’est pour ça que je suis pas ethnologue mais artiste c’est que moi j’ai pas forcément ce temps mais dès que je peux occasionner une rencontre par le travail, ça me plaît d’imaginer que je m’expose aussi… Quand je donne ou quand je demande quelque chose. Je suis aussi en train de donner quelque chose. Et en fait, par rapport à ça, il y a une personne qui l’explique encore mieux que moi, c’est Ruth Behar, qui est ethnologue cubaine, américaine et qui habite aux Etats-Unis, mais qui est aussi juif et qui est traversé par aussi plein de subjectivités, plein de particularités. Et donc elle dit : « I can hear my Aunt Rebeca asking: « Do you learn anything about Spaniards, Mexi cans, Jews, Cubans, Jubans from reading these essays ? » And I imagine myself replying, « Only insofar as you are willing to view them from the perspetive of an anthropologist who has come to know others by knowing herself and who has come to know herself by knowing others »» C’est connaître les autres en se donnant la possibilité de se connaître soi même et se connaître soi-même en connaissant les autres. Et voilà. Enfin, c’est-à-dire que quand je viens dans cette communauté au Mexique ou quand je viens chez toi, je ne suis pas quelqu’un de neutre qui vient pour regarder. Je viens aussi avec avec mon bagage, avec une tablette de chocolat…

Camille Bardin

Avec de la fleur de sel en plus ! Le meilleur !

Vir Andres Hera

Mais avec aussi des incertitudes…

Camille Bardin

Oui, tu casses l’aspect descendant de l’ethnographe blanc bourgeois français ou en tout cas occidental européen qui débarque avec son calepin… Y a plus ce truc de verticalité et c’est que tu donnes autant que tu reçois quoi. J’ai l’impression.

Vir Andres Hera

Hum hum.

Camille Bardin

Et du coup, à l’heure où on parle, on est donc le 29 octobre. Tu présentes un de tes récents projets au salon de Montrouge. Donc déjà félicitations d’exposer là-bas. On sait à quel point ça peut être important dans une carrière. Et du coup, je voulais savoir si tu pouvais simplement nous parler de ce projet que tu montres du coup pour la première fois si je ne dis pas n’importe quoi.

Vir Andres Hera

Alors ce projet s’appelle le Daft Art. Il est né des collaborations avec plein de personnes. Et c’est le travail que je mène depuis trois ans. Et en fait c’est un travail, je pense que c’est pas vraiment lié à Sor Juana, mais c’est lié à une groupie de Sor Juana.

Camille Bardin

Hahaha ! Ok ! 

Vir Andres Hera

Qui s’appelle Carmen Boullosa, qui est une écrivaine mexicaine et elle a fait un truc que j’ai trouvé génial qui a été… C’était un programme qui a été financé par l’Institut INA, Instituto National et International d’Anthropologie et d’histoire mexicain.

Camille Bardin

Oui, Pas de l’audiovisuel français !

Vir Andres Hera

Elle a fait tout une sorte de film dans lesquels des écrivains, écrivaines, mexicains, mexicaines venaient dans les sites archéologiques pour essayer d’imaginer comment la vie aurait pu être sur le site archéologique.

Camille Bardin

Ok !

Vir Andres Hera

Avec tous le travail de recherche des anthropologues, des archéologues et des historiens… Et donc elle arrive dans un site archéologique que j’adore en plus qui s’appelle Cantona et par exemple là il y a une pierre et elle essaye d’imaginer pourquoi la pierre a été posée de cette manière là et pas d’une autre. Et elle se dit Carmen Boullosa, elle se dit que la pierre est posée là parce que les gens qui habitaient dans cette cité ne voulaient pas imposer leur loi à la nature, mais plutôt demander à la nature « Qui es tu ? Comment tu t’appelles ? Comment est ce que tu veux que je pose cette pierre sur ton sol ? » Et en se posant toutes ces questions, j’ai repensé à tous les sites archéologiques du monde et en particulier à ceux de l’Europe. Et parce que finalement, en pensant à l’histoire de la colonisation, je me dis qu’elle a un début et que l’histoire de la colonisation aura peut être aussi une fin. Parce que aujourd’hui on est dans un continuum où des communautés continuent de souffrir de cette colonisation et de ce contexte post-colonial qui voilà… Mais par exemple, je pensais à des sites comme Stone Edge ou à des sites de l’âge de bronze où en fait cette question, en tout cas telle qu’on la conçoit aujourd’hui, l’histoire de la colonisation transatlantique n’était pas encore présente. Et je me dis aujourd’hui, les gens comme moi, qui viennent d’autres perspectives du monde, qui viennent de pays africains ou de la Caraïbe, ou du Mexique ou de Montréal, et les gens qui sont traversés à la fois par des trajectoires, des migrations, des trajectoires liées à une inscription dans le monde de l’art, des gens liés comme nous, comme tu appelles ça, à naviguer entre les langues. Comment est ce qu’on peut habiter aujourd’hui ce continent qui nous accueille ? Et en fait, je me suis questionné sur ces vieilles pierres. Donc j’ai imaginé un film dans lequel on est tous ensemble et on est en train d’essayer d’imaginer, par le biais de nos corps et de la langue, comment habiter ces ruines en fait. Et donc c’est une installation vidéo, composée de six vidéos et à Montrouge il y a trois chapitres sur six et ça va bientôt être présenté l’année prochaine aux Tanneries. Donc tu y es évidemment convié…  

Camille Bardin

Hahah avec plaisir ! Avant de passer à la dernière question, je voulais savoir si tu voulais bien nous parler de l’association Qalqalah dont tu fais partie ? Est ce que tu peux nous nous en parler, nous la présenter et nous dire ce que tu y fais ?

Vir Andres Hera

Alors Qalqalah est venu un peu dans ma vie, un peu comme tout, par hasard. C’était une rencontre un peu fortuite, évidemment voulue, et dans laquelle je me suis engagé·e avec du temps et avec de l’engagement. Et c’est quelque chose qui a déjà eu plusieurs vies. Donc moi je fais partie de cette troisième renaissance et donc Qalqalah est une plateforme qui existe maintenant en ligne, mais aussi en vrai, parce qu’on est six personnes à éditer Qalqalah. Donc il y a Salma Mochtari, Line Ajan, Montasser Drissi, Victorine Grataloup et Virginie Bobin, et puis moi même. Et donc on est des personnes qui à la fois sont uni·es par cette envie de questionner les rapport à la langue par le biais des contextes coloniaux et postcoloniaux, mais aussi très ancrés dans ce qui se passe dans ce pays qui est la France. Et l’envie de faire une plateforme en arabe, c’était parce que l’arabe et la deuxième langue la plus parlée en France après le français et bien avant je ne sais pas… Par exemple le breton ou le corse. Et en fait il y a très peu de plateformes qui présentent des contenus en arabe, ce qui finalement, en terme culturel, comment dire, cloisonne ce qui pourrait être une expérience de la langue qui est vécue par les personnes qui parlent l’arabe en France envers le monde. Et pour moi, c’était intéressant de travailler à partir de ma place, c’est à dire un artiste mexicain travaillant depuis la France. Parce que je me pose la même question pour d’autres contextes, que ce soit au Mexique, aux Etats-Unis, ou même en France.

Camille Bardin

On en arrive à la dernière question de PRÉSENT.E. Du coup, je pose toujours la même question à mes invités à la fin de chaque épisode. Toustes sont libres d’y répondre comme iel le souhaite, donc tu l’es évidemment aussi. Ma question c’est est-ce que tu réussis à vivre de ton travail d’artiste ?

Vir Andres Hera

Alors c’est une question à laquelle je vais essayer de répondre sincèrement. Mais qui est très complexe. Parce que je pense que tous les artistes cumulent plusieurs travails en même temps. Et moi je ne suis pas l’exception. Donc moi je cumule un travail en tant qu’enseignant dans une école de Beaux-Arts qui est celle d’Annecy. Ça fait un an maintenant, un an pile poil ce mois-ci. Donc ça, ça a été quelque chose qui a modifié mon économie de vie. Et si je devais calculer ma vie sans le revenu en tant que professeur dans le supérieur, je pense que cette année, j’aurais pu réussir donc à vivre juste avec mon travail d’artiste.

Camille Bardin

Trop bien ! 

Vir Andres Hera

Du coup, je suis pas certain que par exemple l’année dernière, j’aurais pu répondre de cette manière là…

Camille Bardin

Ouais… C’est bien que tu dis ça aussi parce que je pense que aujourd’hui cette interview elle arrive aussi à un moment -on en parlait un petit peu hier soir- à un moment de bascule, enfin je ne sais pas comment, comment le dire, quel mot employer, mais t’arrives peut-être à une deuxième étape de ta carrière aujourd’hui. Enfin, ton travail est de plus en plus montré, diffusé… Et preuve en est peut être aussi avec avec ce que tu viens de dire.

Vir Andres Hera

Je te remercie. C’est… Merci et je l’espère en tout cas. Je travaille pour et on travaille pour. Et puis je pense que c’est aussi lié au fait que je n’habite pas dans une grande ville comme Paris ou comme peuvent l’être par exemple Mexico. Je travaille dans un tout petit village où finalement mes besoins de la vie de tous les jours ne sont pas ceux de Paris. Non, j’ai une vie qui, on va dire, qui est beaucoup moins consommatrice ou dépensière. Donc ça aide pour… Comment dire… S’administrer autrement. Et disons que, en fait, mon budget passe à faire des déplacements par exemple.

Camille Bardin

Ouais ! C’est hyper impressionnant à quel point tu bouges, à quel point… Enfin vraiment tu as aussi une force et une énergie que je trouve absolument délirante. 

Vir Andres Hera

Mais c’est à la fois super excitant et à la fois, ça peut être des fois épuisant, mais c’est surtout des bons moments…

Camille Bardin

Ouais, Il faut réussir à…  Dans ce genre de vie, faut toujours réussir à se checker, à essayer de voir si tout va bien, si on arrive à garder le cap etc. Et j’imagine aussi à se trouver des temps de repos et de consacrer au fait du temps pour prendre soin de soi aussi j’imagine. C’est tout ça quoi. Mais trop bien d’avoir cette voie là aussi. Je discutais il n’y a pas longtemps avec un artiste qui ne vit pas à Paris non plus. Et je sais que ça fait du bien aussi aux artistes qui ne vivent pas dans des grandes villes d’entendre que c’est aussi possible de faire de l’art et de vivre de son travail sans habiter forcément dans ce qu’on appelle un centre. Donc merci aussi pour cette voix.

Vir Andres Hera

Merci Camille.

Camille Bardin

C’est bon, on a fini d’enregistrer cet épisode ! Merci du coup Vir d’avoir accepté mon invitation. Merci à vous d’avoir écouté cet épisode. Je vous donne à nouveau rendez-vous sur le compte Instagram de PRÉSENT.E. Je vous invite aussi à suivre le compte de Vir Andres Hera que je met comme d’habitude en description. N’hésitez pas également à vous abonner depuis votre plateforme d’écoute. C’est hyper décousu comme Outro hahahaha mais c’est pas grave, je laisse mon micro. Je remercie également David Walters pour le générique. Je vous dis à dans deux semaines, mais d’ici là, prenez soin de vous et je vous embrasse. Au revoir…

Vir Andres Hera

Au revoir Camille. Merci.

Camille Bardin

Merci pour tout. Merci.

Publié par Camille Bardin

Critique d'art indépendante, membre de Jeunes Critiques d'Art.

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