HUGO SERVANIN

Bonjour à toutes et à tous. J’espère que vous allez bien. Cette semaine je reçois Hugo Servanin ! 

Depuis que j’ai créé PRÉSENT.E y’a une question qui revient régulièrement de la part des personnes qui me sont proches c’est : Quand est-ce que tu fais un épisode avec Hugo Servanin. Parce qu’Hugo c’est sans doute l’artiste dont je suis la plus proche avec Marion Mounic que vous connaissez déjà ! Le tout premier texte que j’ai écrit sur Jeunes Critiques d’Art c’était sur son travail il y a maintenant trois ans. Depuis il me parle de son boulot autant que je lui parle du mien c’est à dire beaucoup. Du coup ma crainte c’était que vous vous sentiez exclu.es en découvrant cet épisode et en même temps j’ai aucune envie de jouer la surprise tout du long. Si bien que je me suis dit que le mieux c’était de faire comme si on allait boire une bière toutes et tous ensemble et d’imaginer que je vous présente un pote à moi en le poussant à raconter les anecdotes que je préfère. Voilà, je pense en tous cas que c’est la meilleure manière d’envisager ce 12e épisode de PRÉSENT.E

Hugo ! Ça y est, ton tour est venu. 

Ton boulot est tout simplement gargantuesque. Mais on peut peut-être simplement commencer à en parler en disant que t’es un sculpteur et que tu bosses essentiellement sur la question du corps. À savoir le corps comme entité physique qui saigne, qui transpire, qui a de l’eczéma, etc. et le corps comme interface de communication avec les autres et avec l’environnement de manière générale. 

H.S. : Oui, en fait je décris mon travail comme étant la création d’un monde avec les êtres qui le peuplent que j’appelle des géants que j’essaie de créer de la façon la plus sensible et viscérale possible. C’est une recherche autour du corps. Et puis il y a un travail sur les environnements qui mettent en jeu ces géants, qui sont signés par un label qui s’appelle Foule. Ces environnements et ce label par extension me permettent d’avoir un autre rapport à la création, c’est guidé par des questionnements qui portent plus sur des structures sociales, les rapports qu’on entretien avec la médecine, les biens de consommation, la technologie, j’essaie d’intégrer tout ce qui m’intéresse. C’est un peu un travail à tiroirs, au cœur de tout il y a l’idée de l’existence, de la vie de corps, un peu à la Frankenstein. En fait cette existence renvoie à l’individu, à l’idée de corps social, à l’intérieur de ce dernier il y a les interactions et les modes de vie qui sont toutes deux conditionnés par des objets et des environnements, et au cœur de tout ce système, il y a le corps des géants. J’essaie donc de travailler à toutes les échelles.

C.B. : Est-ce que tu peux nous résumer pour que les personnes comprennent comment fonctionne un environnement et comment s’inscrivent les corps dans cet environnement là, tu peux par exemple nous parler de ton diplôme ou même ce que tu avais montré à Futur of Love, de montrer comment tu construis en fait. 

H.S. : Oui je peux parler de mon diplôme. C’était le premier environnement, donc c’était l’environnement Foule n°1. J’avais envie que ce soit marqué par l’idée de la genèse, de la construction d’un monde, du coup j’ai recréé un espèce de jardin des désirs, mais actualisé donc ça prenait la forme d’une boutique de vêtements. En fait le label Foule a sorti une collection de vêtements faits sur mesure pour les sculptures réalisées en collaboration avec une costumière qui s’appelle Ludivine Roux. On a aussi fait du mobilier, j’ai repensé toute une structure. Antoine Pintout  a fait toute une série de photos à la fois publicitaires mais aussi d’art. J’ai travaillé par le biais d’une société qu’on avait montée avec un ami chimiste on a recréé des cosmétiques pour ces sculptures. Du coup il y a tout un monde qui s’est créé autour des géants. Et mon diplôme c’était ce monde là. On rentrait dans une boutique, sauf que tout était fait pour les géants. 

C.B. : Maintenant qu’on sait ça, est-ce que tu peux nous expliquer comment cet attrait pour le corps est né ? Parce que c’est clairement ton sujet de prédilection depuis le lycée en fait. 

H.S. : C’est un peu bateau mais je pense que ça remonte au primaire, comme on dit tous, depuis la plus tendre enfance. Je peux pas vraiment dire si c’est une particularité ou si c’est juste que j’ai eu une sensibilité aiguë, mais j’ai toujours eu la sensation d’avoir passé mon enfance à vivre de nombreuses expériences corporelles que ce soit sociales, médicales, intimes, et donc mon attention a très vite été focalisée là-dessus et j’ai très vite conscientisé ce rapport là que j’avais à partir de ces possibles et de ces limites. En fait, le corps des autres par empathie, mais mon corps en particulier, est devenu ma grille de lecture du monde, et j’ai construit mon rapport à la compréhension du monde à travers ça. Quand je suis arrivé au collège, j’ai très vite su que je voulais faire de la mode parce que la mode ça permet à la fois de travailler sur le corps de l’individu et sur sa place dans l’organisation sociale au travers de l’apparat. Un peu plus tard, je suis arrivé au lycée donc j’ai fait art appliqué, là j’ai découvert plein d’intellectuels comme Bernez, Debord, Labori, qui avaient une espèce de position externe pour analyser les comportements des gens et je trouvais ça assez fascinant. Les débuts de la publicité aussi c’était assez fascinant, du coup j’ai voulu faire de la PUB parce que je me suis dit que ce serait un terrain de jeu hyper intéressant pour mes expériences. Puis je me suis rendu compte au bout d’un moment que le fait d’appliquer la création à un domaine industriel précis ça limitait énormément les choses et que j’avais envie d’avoir plus de liberté. Je me suis dit que j’allais faire de l’art pour tout faire rentrer dans mon travail. 

C.B. : Quand on parle de corps, il y a plusieurs paradigmes qui entrent en compte comme celui de la déconstruction, du féminisme, tout ce qui est théorie queer mais aussi de manière générale leur représentation, ce qui est un peu le sujet que je martèle depuis le début de ce podcast avec chacun de mes invité.es. Et c’est un sujet qu’on aborde assez souvent quand on va boire des coups ensemble sans forcément parler d’art, on fait beaucoup de débat sur le féminisme, etc. Et même si ce n’est pas des choses que tu abordes de manière frontale dans ton travail, mine de rien j’ai l’impression que ce sont des questions qui de toute manière t’intéressent et viennent infuser tes œuvres. 

H.S. : Oui, alors déjà je tiens à dire qu’en tant qu’homme hétéro-cis-blanc c’est un peu compliqué de prendre la parole sur ces sujets. Je pense qu’il est important de soutenir ces luttes, mais je ne veux pas parler à la place des gens qui sont discriminés et qui ont déjà bien du mal à se faire entendre. Je vais plutôt regarder ça du côté du prisme du corps et de mon travail. Le corps c’est le lieu auquel on ne peut pas échapper, c’est le lieu où réside notre identité, c’est sa mise en chaire et c’est au travers de lui que notre rapport aux autres se crée. Ce qui m’intéresse dans le féminisme comme dans les luttes sociales contemporaines comme la grossophobie, le racisme, la transphobie et plein d’autres, c’est qu’elles ont comme caractéristiques communes de se construire autour de la réappropriation de son corps et de son identité. C’est ça qui m’intéresse vraiment. Dans la société, le corps nous impose des identités, des places sociales et ces luttes viennent remettre en cause à la fois les liens entre le corps et les identités, et le lien entre l’identité et sa place dans la société. Toutes ces nuances qui vont arriver avec ces luttes, je pense qu’elles vont changer en profondeur la société. Le fonctionnement de la discrimination il est inhérent à l’homme. Tu as besoin de la discrimination pour acquérir des réflexes et tu as besoin de ces réflexes pour juste ouvrir une porte. A l’échelle de la société, ces réflexes vont se déconstruire et vont laisser place à la réflexion pour tout repenser sur ces sujets là, et je trouve que c’est hyper intéressant et je pense d’ailleurs que c’est mieux qu’il prenne de l’ampleur aujourd’hui, en partie d’ailleurs grâce aux nouvelles technologies qui ont créé un nouveau système de personnalisation de masse qui est certes un peu factice, mais qu’il soit vrai ou qu’il soit faux, il inculque quand même et il diffuse une nouvelle vision du monde et de la masse comme étant une somme d’individualité et non plus comme étant une seule et même masse uniforme comme on pouvait le voir avec Gustave Lebon. Je pense que mon travail peut entrer en résonance avec ce luttes parce que je ne traite pas directement de la question de la discrimination mais de la question de l’interdépendance entre le corps individuel et le corps social. Peut-être que cette vision changera quand je serai plus au clair et plus frontal mais pour le moment j’essaie de comprendre et de déconstruire mes réflexes à moi dans ma vie et je suis encore en gestation. 

C.B. : En fait il y a aussi vachement un truc qui est de l’ordre de l’acceptation de soi. Tu vois, je me souviens que la première fois que j’étais venue te voir quand t’étais encore aux Arts déco à Paris tu bossais sur un matériau qui reproduisait l’aspect de l’eczéma et tu me disais que c’était aussi parce que toi même quand t’étais dans une situation de stress ben ça impactait ton corps et ça s’inscrivait directement sur celui-ci. Ya donc ton corps à toi mais aussi le corps des autres parce que les corps que tu crées sont directement moulés sur des personnes et ces personnes elles sont grosses, elles sont petites, enfin t’es pas du tout dans un truc de trouver des modèles qui auraient des corps conventionnels si je puis dire, tu travailles avec des grosses, avec des petites, etc. 

H.S. : Oui, on peut voir ça comme de l’acceptation de soi quand on replace mon travail au premier degré dans notre monde à nous, mais moi je le perçois pas comme ça. Je crois que quand je crée je dissocie les corps et leur valeur symbolique et je les travaille un peu comme une matière brute. C’est un peu comme un médecin qui va plus voir l’écoeurant d’une situation parce que ce qu’on regarde est décalé. Je pense que dans mon travail il y a une oscillation constante entre un regard neutre et médical, un regard symbolique et social, un regard mystique parfois et par conséquent les idées qui sont rattachées à toutes les choses du corps sont complètement perturbées et c’est pour ça qu’on a l’impression de mieux les accepter ou de faire un travail d’acceptation. En réalité, je crois que c’est peut-être le début d’une définition de la fascination ou en fait je suis juste dans une absence de recul critique et le seul truc que je veux c’est explorer encore et encore sans percevoir du positif ou du négatif là-dedans, parce que j’ai cette vision décalée. Cette neutralité tu peux la retrouver dans le fait qu’à chaque fois que je désigne son travail, le nom des pièces par exemple, c’est quelque chose de très neutre, de l’ordre du référencement, qui renvoie à un truc hyper factuel sans jugement. Je pense que c’est cette position aussi qui me permet d’avoir des corps variés, en laissant venir les choses de façon organique et de ne pas être dans un rapport de jugement. Finalement, plus qu’avoir de nouveaux corps, ce qui m’intéresse c’est d’avoir de nouvelles formes. 

C.B. : Le fait que tu te détaches de ce jugement de valeur, on ne le sent pas de prime abord sans te  connaitre, du coup on pourrait se dire que limite tu as un travail qui se rapproche de la perversité. Tu vas bosser sur la société de manière globale et tu vas épouser toutes les problématiques de cette société. Par exemple le pense à ta pièce avec la pornographie algorythmique. Tu vas mettre aussi en avant tous les côtés pervers de la société. 

H.S. : Comme je le disais au sujet de l’acceptation de soi, je pense que le laid ou le pervers le devient quand on se réfère à un contexte social et culturel. Le factuel c’est pas le vrai, c’est pas le faux, c’est pas le bon, c’est pas le mauvais, et mon travail tient beaucoup à ça même si c’est complètement voué à l’échec parce que je ne peux pas sortir de ma subjectivité. Néanmoins, il y a une volonté de travailler des éléments factuels de société. Si j’ai un certain cynisme, je crois que je travaille avec des choses qui constituent notre univers contemporain. Je ne suis pas sûr que mon recul critique et ma volonté de neutralité soient honnêtes, là encore c’est de la fascination je pense, mais par exemple tu parlais d’environnement Foule n°1 que j’ai présenté à Futur of Love, c’est composé en partie d’une intelligence artificielle. En fait, c’est une installation avec une intelligence artificielle qui génère de la pornographie d’une part et une cuve dans laquelle de l’eau boue qui vient reprendre ces images organiques, elles sont plus pixellisées mais troublées par l’eau. Et à propos de cette installation, il y a pas mal de gens qui ont souligné le côté pervers de la chose alors qu’en fait ce n’est qu’un logiciel qui génère des vidéos à partir des 5000 images pornographiques les plus vues en France sur Google, et la plupart des visiteur.ses ont sûrement déjà vu ces images autrement que par ma pièce. On en revient encore à la question de l’individu non social, de ce qui se montre ou pas, de ce qui s’accepte ou pas. D’ailleurs c’est très étrange, parce que je te parle de recul mais tu as de nombreux artistes comme Paul Callu, Art Christopher, qui parlent de moi comme étant un artiste romantique, ce qui va un peu à l’opposé de mon travail. Je pense en fait que c’est aussi un point important de mon travail c’est que je me situe un peu dans un paradoxe entre la volonté de recul et de raison, et de la pollution de l’intime et du sentiment. Je pense que malgré cette volonté d’extérioriser le regard et de chasser le jugement comme je le fais, que ce soit pour le travail du corps ou des environnements, il y a un grand engagement personnel dans mon travail, et la majorité de mes pièces en fait sont des réflexions construites autour de mon intimité. Cette volonté de s’extraire de soi même, par exemple pour les géants, en fait quoi qu’on en dise on ne peut pas enlever le fait qu’il y ait un rapport physique qui m’engage. Il y a déjà le rapport avec les autres parce que je les moule et je les touche, et puis tout ce que je produis moi en tant que géant c’est des choses qui sont à mon échelle et que je peux moi produire, donc il y a une lutte directe avec la matière, c’est pas des fichiers 3D que j’envoie. Pour les environnements, je m’engage aussi directement parce que je travaille sur des choses que j’expérimente directement dans ma vie et je crée moi-même des biais. Les biais c’est toutes les anthropies. C’est quelque part, ma pâte à moi en tant qu’artiste et mon rapport sensible à ça. Je pense d’ailleurs qu’avec le temps, je vais en venir à m’engager physiquement beaucoup plus dans mon travail à la première personne “Je” et avoir un rapport plus schizophrénique entre ce recul et cet engagement. 

C.B. : Ça implique que tu tendes vers la performance ? ou pas du tout ? 

H.S. : Je sais pas. 

C.B. : Dans la monstration ou dans le fait de créer l’œuvre tu vas t’impliquer ? 

H.S. : De plus en plus, le fait de créer et de montrer une œuvre devient performatif. Du coup, ça peut prendre cette voie là mais ça peut aussi être le fait que j’essaie de plus en plus d’intégrer d’autres artistes, d’autres performeurs comme étant des géants, et je pourrais aussi tout à fait m’intégrer dans ce monde là. Je ne sais pas encore, mais c’est une structure et j’y pense et j’aimerais un peu me tremper dedans. 

C.B. : J’ai l’impression qu’il y a un double jeu où tu essaies de mettre à distance un peu ton travail et de regarder les choses de manière très chirurgicale et très froide, et en même temps un autre côté où tu es en fait très impliqué, et justement dans cette volonté de se dégager un peu de tout ça, ça t’as amené à travailler énormément de collaboration. Tu travailles quasiment sur tous tes projets avec des gens. T’as notamment bossé avec Jeanne Vicerial, la fondatrice de la Clinique Vestimentaire, tu travailles presque au quotidien avec Antoine Pintout avec qui tu bûches surtout sur les intelligences artificielles, tu vas aussi bosser avec des chercheurs et des chercheuses, des musicien/musiciennes. En fait ton objectif à terme c’est de recréer toute une société.

H.S. : Oui alors il y a deux choses bien distinctes. Déjà les directions que prend mon travail sont trop diverses pour que je puisse tout maîtriser et j’ai très vite accepté que je devrais travailler avec tout le monde pour voir mes projets exister. Puis il y a aussi certaines choses sur lesquelles je travaille notamment les nouvelles technologies qui nécessitent selon moi d’avoir un regard externe pour les travailler. J’ai une approche qui est plutôt sensible, sociologique, philosophique, et je pense que chercher à maîtriser trop profondément la technique ça enlève un recul et une liberté. Dès le début, on s’est dit avec Antoine qu’il ne fallait pas que je cherche à maîtriser ces choses-là et Antoine est très important dans le studio parce que sans lui la totalité de mes pièces complexes ne pourraient pas voir le jour. En fait moi je crée, j’apporte le projet et je le pense et soit il fait appel à des savoirs que je n’ai pas, soit que ni lui ni moi on a mais à nous deux, on arrive à trouver le savoir. Ca c’est un truc hyper important et je pense que j’essaie de développer l’atelier dans ce sens là. j’aimerais trouver de plus en plus de gens qui soient capables d’être des espèces d’interfaces entre ce que je veux créer et les pièces, j’ai une relation d’interdépendance. Un peu comme un réalisateur, il a une vision globale et derrière il a une équipe qui ont chacun un savoir particulier et qui vient affiner cette vision. Pour ce qui est de la question des collaborations, là c’est encore différent, je pense que j’ai un amour de la matière qui me pousse à produire, mais d’un point de vue purement conceptuel j’y vois pas grand intérêt. On vit une époque où il y a un changement d’échelle qui génère une quantité d’informations énorme. Pour moi, les grands créateurs ce ne sont pas ceux qui s’expriment mais ceux qui créent des cadres dans lesquels les autres vont pouvoir s’exprimer, je pense notamment aux réseaux sociaux et au streaming. Je pense que c’est ce que j’essaie de faire avec Foule en créant un espace, un cadre, dans lequel les créateurs peuvent s’exprimer, expérimenter des univers autour d’un objet commun qui est les géants. D’autre part, je suis aussi assez partisan de ce rapport avec la construction d’un monde, l’organisation sociale et totalitaire avec l’idée de chaos comme seule forme réelle de vie possible. Je crois que la meilleure façon de créer un univers qui soit vraiment riche, intéressant et qui me dépasse pour ces géants, c’est d’installer un chaos créatif, et je pense que je ne dois pas maîtriser ce qui s’y passe. Le but c’est d’arriver à un moment où l’univers est totalement hors de contrôle, que je gère comme dans les grandes lignes des cadres, et que tous les créateurs qui ont envie d’expérimenter quelque chose dans un univers parallèle symbolique puisse venir y mettre leurs recherches.  

C.B. : Vaste programme ! Dernière question : Argent. Est-ce que tu réussis à gagner des sous grâce à ton travail ? 

H.S. : Ma pratique elle peut se développer et elle s’est développée aussi en grande partie parce que je viens d’un milieu petit bourgeois, pas d’opulence, pas beaucoup d’argent mais assez pour me permettre de faire des études d’art et de payer un loyer à Paris sans avoir à travailler à côté, c’est déjà énorme. Aujourd’hui, j’ai une pratique qui est autonome dans le sens où je gagne assez d’argent par mes ventes pour financer la prod., le loyer de l’atelier, une petite partie de ma vie, mais mes parents m’aident encore. C’est déjà énorme, parce qu’en fait ma pratique est extrêmement onéreuse et puis quand je galère je fais de petits jobs à côté. Après je pense que la question du système économique est hyper importante dans mon travail, c’est le plan le moins développé mais qui m’intéresse le plus quasiment. Comment s’insérer dans le marché, jouer avec et donner un sens à mon rapport au marché. Il y a de nombreuses pièces chez moi qui ont des statuts ambigus, des créations de logiciel, des produits manufacturés, les choses produites en série, les environnements, les labels, les corps des Géants, et tous ces éléments ont un double statuts : c’est à la fois des oeuvres parce que je suis artiste et c’est à la fois des objets de consommation, des individus même s’ils sont symboliques ce sont des personnes, des architectures, des pensées et je pense qu’il y a vraiment quelque chose à penser autour de ça. A l’heure actuelle, on essaie de repenser tout le système économique qui arrive un peu à bout de souffle avec toutes les professions qui sont en train d’être bouleversées par la nouvelle technologie, les révolutions écologiques, etc. et je considère la recherche autour de systèmes de productions et de fonctionnements économiques comme essentielle et étant une recherche artistique en soi. D’ailleurs il y a de plus en plus d’artistes qui travaillent avec le marché. Pour moi, on revient à certains mouvements et aux fonctionnements de certains artistes comme Art & Craft, le Bahaus ou encore Andy Warhol qui ont intégré dans leur travail le système économique. Je me renseigne beaucoup autour des différentes lectures qu’on peut avoir sur les gens ultra accès start-up, j’ai d’ailleurs participé à une start-up mais aussi je m’intéresse beaucoup à ce que peuvent faire et dire des entrepreneurs et des gens qui sont plus critiques et qui apportent un regard qui je trouve est très intéressant comme Bernard Stiegler qui a fait Incarnation avec Obrist  ou même Gunter Pauli qui pense à l’économie bleue. Là encore, je suis vraiment en gestation et du coup tout ça c’est un projet qui est très vaste et lourd et c’est très compliqué parce que je considère que je suis artiste mais je suis une entreprise, ce qu’on pourrait considérer comme étant des business angels dans les entreprises, on va les appeler des mécènes dans le monde de l’art, sauf que c’est très compliqué de faire des levés de fonds dans le monde de l’art comparé à celui de l’entreprise, compliqué car moins standardisé. Une entreprise développée elle fait une levée de fonds et c’est ce qui lui permet d’avancer vite, moi je peux pas me permettre de faire ça. Moi je gagne de l’argent mais ça reste au compte goutte mais du coup je mets beaucoup plus de temps pour développer ces systèmes économiques et toutes les choses dont j’ai parlé jusqu’à maintenant. Donc d’un point de vue économique ça se passe bien, maintenant je cherche à m’étendre pour pouvoir lancer de nouveaux projets et asseoir de nouvelles choses. 

C.B. : Merci Hugo d’avoir accepté mon invitation et d’avoir pris le temps de me recevoir dans ton atelier. C’était le onzième épisode de PRÉSENT.E. Merci de l’avoir écouté n’hésitez pas à poursuivre les débats avec moi sur les réseaux, ça me fait toujours très plaisir. Un grand merci également à David Walters pour le générique. Pour le prochain épisode de PRÉSENT.E j’irai chez Apolonia Sokol avec qui on discutera de la représentation de femmes dans l’art et de tout plein d’autres choses. Mais d’ici là prenez soin de vous et je vous embrasse.

REMERCIEMENTS : Un immense merci à Cosima Dellac d’avoir retranscrit cet épisode de PRÉSENT.E

Publié par Camille Bardin

Critique d'art indépendante, membre de Jeunes Critiques d'Art.

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