MARION MOUNIC

C.B. : Bonjour à toutes et tous, j’espère que vous allez bien et que le confinement n’est pas trop dur pour vous comme pour vos proches. De mon côté ça va, pour tout vous dire je suis ravie de partager avec vous le premier épisode de PRÉSENT.E ! Un podcast dans lequel je souhaite mettre au jour ce qui vient en amont puis en aval de l’art contemporain. Mes questions ne porteront donc pas sur les oeuvres en elles-même mais sur toutes les réflexions et les doutes qui gravitent autour de celles-ci. Car ici je m’intéresserai d’abord à la manière dont la vie de mon invitée impacte son travail puis à l’inverse à la façon dont son travail vient impacter sa vie. Dans PRÉSENT.E j’ai envie de mener les conversations comme j’ai l’habitude de le faire en tant que critique d’art dans les ateliers d’artistes ou à la terrasse des cafés. Sauf qu’ici nous serons enregistré.e.s et vous aurez la possibilité de tout écouter. 

Pour le premier épisode de PRÉSENT.E j’ai proposé à Marion Mounic d’être mon invitée. D’abord parce que c’est mon amie et que j’avais envie de commencer avec une personne qui sait à quel point je peux être stressée à l’idée de vous présenter ce podcast. Mais si j’ai voulu que Marion inaugure PRÉSENT.E c’est aussi parce que je suis immensément fan de son travail. Je l’ai rencontrée en 2018 à Tarbes alors qu’elle était encore étudiante à l’école supérieure d’art des Pyrénées. C’est l’artiste Nicolas Daubanes que je salue et remercie encore aujourd’hui qui nous a présentées. Marion Mounic, je vais seulement t’appeler Marion déjà ! Puis je vais commencer par te remercier d’avoir accepté mon invitation à participer au premier épisode de PRÉSENT.E. 

Salut Marion. Ça va, pas trop dur ce confinement ? Tu réussis à trouver ton rythme ?

M.M. : D’abord, bonjour Camille et bonjour à toutes et à tous. Comme tu sais je suis à Sète, où j’ai l’immense chance d’avoir un atelier. Donc ce confinement n’est finalement pas si désagréable que cela. Il devient plutôt un temps précieux où j’ai la possibilité et le temps d’investir mon travail d’une nouvelle manière : je pense à de nouvelles problématiques et à de nouvelles formes sans pression car il n’y a pas de timing ni de deadline à respecter donc c’est assez agréable. Cela me permet de me recentrer sur de nouvelles recherches et d’amorcer de nouvelles expérimentations plus complexes et plus chronophages qu’en temps normal donc c’est plutôt positif.

C.B. : Pour commencer, j’aimerais que tu nous expliques un peu comment tu as atterris dans l’art contemporain. Que l’on ne se méprenne pas, te concernant ce n’est pas du tout une question bateau de début d’entretien parce qu’a priori tu te dirigeais vers une carrière tout autre : tu devais devenir footballeuse.

Hahahaha ! Une carrière de footballeuse c’est un bien grand mot mais effectivement je n’étais pas prédestinée à devenir artiste, en tous cas ce n’était pas un rêve de gosse, loin de là. Après le Sport-étude j’ai fait le choix de me diriger vers des études de communication et de graphisme et à la fin de ma licence de design graphique j’ai suivi un précieux conseil qui était de tenter les Beaux-Arts. Donc en fait je suis rentrée aux BA en ayant plutôt envie d’apprendre à manipuler des outils qui me serviraient plus tard en tant que graphiste. Et très vite je me suis prise au jeu et je me suis faite aspirée par le monde des BA et de l’art, donc j’ai continué dans cette direction. Et je pense que si ça m’a autant plu c’est que très vite j’ai trouvé des similitudes avec le sport et le foot, notamment au niveau du collectif mais aussi au niveau de l’intensité du travail à fournir, de la réalité du milieu et de l’importance de se surpasser. Je pense que dans l’art comme dans le sport il est question d’endurance et de mental. Mais la notion qui m’anime surtout est le plaisir. Et en fait, je vais à l’atelier avec la même envie que j’avais d’aller sur le terrain et ça reste quelque chose de très important : cela fait que l’art me fait vivre.

C.B. : Pour que les personnes qui ne connaitraient pas du tout ton travail puissent comprendre ce dont on parle. Je pense qu’on peut dire que ton travail emprunte principalement deux axes. Le premier fait référence à ta mère et par extension à la question de la vision. Quand le second est davantage lié à tes origines marocaines et au manque de connaissances que tu as sur celles-ci et que tu tâches de palier. Ces deux thèmes se réfèrent à des choses très intimes, qui font appel à ta vie privée. Qu’est ce que tu racontes en général quand il faut en parler à la presse, aux collectionneur.ses et aux personnes qui découvrent ton travail ?

Mon travail est intimement lié à ce que je vis. Et comme tu le sais, j’ai grandi avec ma mère qui a la maladie de Stargardt. C’est une tâche au centre de la rétine qui grandit au fur et à mesure des années. Les personnes qui sont atteintes de cette maladie perdent leur vision centrale mais conservent leur champs de vision périphérique et développent des stratégies dans la vision et le déplacement pour continuer à être autonomes. Donc j’ai grandi avec une maman malvoyante et en quelques sortes, j’ai appris à être ses yeux ou comme on peut dire à voir pour deux et en vivant ainsi je me suis toujours interrogée sur sa vision et sur ce qu’elle voyait vraiment. Pendant longtemps, je me suis par exemple amusée à flouter ma vue en forçant sur mes yeux pensant que je pouvais reproduire sa vision. Je me suis toujours demandée si elle voyait les couleurs comme moi, si l’herbe du terrain était aussi verte pour elle que pour moi ou si elle arrivait à voir les reflets sur les pistes de ski. L’art est finalement devenu un prétexte pour discuter de cette vision altérée avec elle. Par exemple, à Tarbes, où j’ai fait mes études, j’habitais à côté d’une pizzeria. En passant devant avec ma mère un soir, je lui ai demandée ce qu’elle percevait de son enseigne lumineuse verte et rouge et elle m’a dit qu’elle voyait un nuage coloré où les deux couleurs se mélangeaient, s’entremêlaient et venaient former une troisième couleur au centre. De là est venue l’idée de faire la pièce CHROMA qui est intimement liée à cette histoire et qui, par le titre, fait également référence à Derek Jarman qui a perdu la vue à cause du sida et qui a écrit sur cette expérience de la couleur. Donc en fait toutes mes oeuvres qui sont plutôt liées à cet axe de la vision viennent prendre un point d’encrage dans mon histoire intime. Ce sont vraiment des dialogues que je crée entre ma propre réalité, mon environnement, et mes histoires personnelles. Mais tout cela est aussi lié à une mémoire collective. Si bien que lorsque les visiteurices sont face à mes installations iels peuvent se raconter une tout autre histoire que la mienne. C’est également cela qui m’anime, créer des entre-deux entre ce que moi je vois et ce que les personnes ressentent et voient ! Exactement comme avec le dialogue avec ma mère ! Je pense que cet entre-deux fait partie intégrante de mes oeuvres.

Chroma, tubes fluorescents, gélatines, brouillard artificiel, 2018

C.B. : Quand tu parles de dialogue, il y a donc la question de la vision qui est très présente dans ton travail mais il y a aussi un deuxième axe qui porte davantage sur le Maroc. Il faut savoir que tu as des origines marocaines que tu as découvertes assez tardivement dans ta vie. En 2016 tu décides donc de partir bosser là-bas. Les oeuvres qui voient le jour lors de cette résidence me touchent particulièrement parce que je trouve qu’on décèle dans chacune d’entre elle une grande humilité, si ce n’est de la timidité, dans la manière dont tu les as conçues. On voit qu’à l’époque où tu les as faites tu étais dans une espèce de quête intérieure. On sent vraiment que tu es partie faire cette résidence avec un regard d’occidentale dont tu avais plus ou moins conscience. Et que tu t’es confrontée à une culture qui était sensée être la tienne mais qui t’était encore relativement inconnue. Comment tu gérais tous ces ressentis ?

Exactement comme dans mon axe de la vision, l’art est aussi devenu un prétexte pour découvrir mes origines marocaines. Aller là-bas c’était vraiment l’occasion pour moi de vivre de nouvelles expériences et surtout de comprendre cette culture qui finalement est la mienne sans l’être vraiment étant donné que je ne l’ai pas vécu dans mon éducation familiale donc pendant cette résidence au Maroc j’ai vécu à deux endroits : À Tiznit, dans le sud du Maroc, où j’avais été invitée par Mohammed El Mourid, un artiste Marocain diplômé des Arts Déco de Strasbourg, que je remercie encore aujourd’hui pour cette expérience. Puis j’ai vécu à Tanger dans la famille d’un ami qui m’a hébergée pendant deux mois. Donc ça a été un vrai expérience dans le sens où j’ai essayé à la fois de mener une quête intérieure comme tu le dis et à la fois de mettre en lumière mes questionnements face à cette culture par rapport à mon regard occidental.

Et finalement je me situe encore une fois dans un entre-deux et c’est dans cet entre-deux là que j’ai réussi à trouver ma place. C’est-à-dire que dans les oeuvres qui sont en rapport au Maroc je fais le choix de donner à voir une expérience et pas une vérité. Quand je présente mes oeuvres j’explique donc que c’est ma vision et que c’est très subjectif et que je ne porte pas de regard sur cette culture, comme je n’ai pas de regard sur la culture occidentale. En tous cas j’y vais pour vivre des expériences et les ramener dans mon travail exactement comme je le fais avec la question de la vision altérée. C’est un entre-deux parce que j’établis des oeuvres où je parle de cette vision altérée sans réellement savoir ce que c’est de voir avec la maladie de Stargardt. C’est en me situant dans cet entre-deux que j’arrive à mettre en lumière ces expériences et à créer des oeuvres.

C.B. : J’aimerais qu’on parle plus particulièrement de la manière dont tu as conçu l’oeuvre Samâ’. Je vais rapidement la décrire puis je te demanderai de nous expliquer comment elle t’est venue. Samâ’, Ce sont trois cocottes minute qui sont posées à même le sol et qui tournent silencieusement, chacune à leur rythme, parce que tu as placé sous chacune d’entre elle un moteur. Ces cocottes minutes ce sont des allégories de situations féminines que tu as rencontré. Est ce que tu peux nous expliquer tout ce qui vient en amont de cette pièce et le cheminement intellectuel que tu as fait pour y arriver. 

Samâ’ est une pièce qui a été pensée à Tanger, lors de la deuxième partie de ma résidence au Maroc. Je vivais dans une famille dans laquelle j’étais considérée comme une femme mais également comme un membre, si ce n’est un enfant de la famille. Et dans cette famille, je n’avais pas le droit d’aider en participant aux tâches ménagères. C’était très compliqué parce qu’il était question de comprendre la culture, comprendre la vie de cette famille sans réussir à l’intégrer réellement. Je suis donc passée par le biais de la vidéo, ce qui était nouveau dans mon travail. J’ai choisi de filmer les femmes de la famille dans leur quotidien et notamment dans la cuisine qui était la pièce principale, le noyau de la maison. Quand j’ai visualisé les vidéos à mon retour de résidence, j’ai finalement apparenté leurs déplacements et leurs gestes à de la danse et en faisant ce rapprochement, à l’émancipation. En effet, là-bas, la cuisine est à considérer dans une succession de jours et de repas, elle finit par régir le rythme de la vie de ces femmes. Et la question qui me tenait à coeur à ce moment là, c’était de savoir si ces femmes étaient pleinement heureuses de passer la majeure partie de leur temps à cuisiner ou si au contraire, c’était un fardeau. Lorsque je les interrogeais sur cette situation je me rendais compte qu’il n’y avait pas de vérité car les réponses qui me revenaient étaient toutes très subjectives. Je me suis alors rendu compte que cette cuisine était aussi un lieu où il se passe des choses qui n’existent pas en dehors. C’est-à-dire que les femmes sont entre-elles. Elles parlent de choses dont elles ne parleraient pas si elles étaient en présence d’un homme par exemple. Tout cela m’a donc amenée à la question de l’émancipation. Car si dans la cuisine ces femmes peuvent discuter de choses qu’elles ne peuvent pas faire dans la société cela signifie que dans cet espace géographique s’exprime une forme d’émancipation et de liberté d’expression car elles y disent les choses sans craintes et sans a priori. Intellectuellement j’ai aussi beaucoup rapproché tout cela au texte de Luce Giard. Dans habiter et cuisiner, le tome 2 de L’invention du quotidien, elle parle de cette émancipation à travers la cuisine. Elle explique que la cuisine est un endroit où on se retrouve avec les autres mais aussi avec soi-même et où l’on fait les choses comme on a envie de les faire et comme on les ressent. Finalement au Maroc j’ai vu les même gestes que dans la cuisine de ma grand-mère maternelle qui est italienne. Parce que dans une cuisine on s’entraide entre femmes et on parle de choses dont on ne parle jamais lorsqu’il y a des hommes. Des mouvements, des variations finissent par émerger en fonction de chaque femme. Dans cette idée de variation, de style personnel, j’ai la sensation que lorsque les femmes cuisinent elles sont avec elles-même et prennent des décisions qui leurs appartiennent et qui les élèvent en tant que femme et en tant qu’individualité. C’est dans ce sens là que Samâ’ se construit. Samâ’ c’est une allégorie de la femme, mais ces trois cocotte minutes qui tournent à des variations différentes sont pour moi autant un ensemble qu’une individualité qui assume ce qu’elle est, qui fait les choses comme elle a envie de les faire.

Samâ’, cocottes-minute, moteurs, dimensions variables, 2018.

C.B. : C’est une pièce que j’affectionne tout particulièrement parce que j’ai l’impression qu’elle illustre très bien le cheminement que j’ai moi même effectué en grandissant. Parce que j’ai un temps abordé le féminisme comme on a tendance à le faire traditionnellement en France à savoir  avec un regard très occidental, de femme blanche, de femme cis, de femme valide, etc. J’étais pas du tout assez consciente des problématiques auxquelles les autres femmes pouvaient être confrontées. J’étais ado quoi, pas assez cultivée et pas assez consciente de l’ensemble des femmes qui composent notre humanité et de la notion d’intersectionnalité. Ton oeuvre Samâ’, encore aujourd’hui, elle me donne à penser et accompagne mes réflexions sur la manière dont je dois apprécier l’autre dans ma vie de manière générale et dans la lutte féministe. Je trouve que cette oeuvre elle parle aussi de cette prise de conscience du fait de ne pas avoir une vérité absolue dans la manière d’envisager sa vie, et d’envisager l’autre. 

Mais bien sûr ! En fait ce regard que je porte sur la culture marocaine c’est vraiment à considérer comme une nouvelle appréhension du monde et pour moi elle accentue cette compréhension à l’autre en fait. Et c’était vraiment l’enjeu de cette résidence : je souhaitais comprendre la culture marocaine à travers mon regard occidental mais en étant moi-même intimement liée à cette culture. Je crois, et tu le sais que ces relations interculturelles elles sont nécessaires à l’existence de ma propre identité. Pour l’anecdote, souvent on me pose la question d’où vient mon accent et je dis que mon accent il est rhizome en fait ! Il vient de plein de choses différentes et je pense que c’est ça aussi qui fonde l’autre et c’est en tous cas comme ça que j’ai envie d’appréhender l’autre : en me disant que l’autre est une extension de tout le monde et qu’il ne peut être autre qu’en prenant de chacun. Donc Samâ’ pour moi c’est aussi tout ça. Et ces réflexions elles me viennent au Maroc quand je me retrouve dans cette cuisine peut-être parce que quand je suis là-bas ça fait aussi écho à mon enfance et à tout ce temps que j’ai passé dans la cuisine de ma grand-mère où à voir ma mère avec la cocote minute. Et en fait c’est l’autre qui me révèle cette image là mais en fait cette image fait déjà partie de moi. Et donc je crois que c’est comme ça que les choses se construisent.

C.B. : Je profite du fait qu’on parle de la manière dont on envisage nos vies pour aborder la deuxième et dernière partie de ce podcast que je souhaite consacrée aux problématiques qui entourent la carrière d’artiste. Aujourd’hui tu vis et travailles à Sète en Occitanie. C’était un vrai choix de ta part de vivre en région et non pas à Paris. Tu avais fait un choix assez similaire pendant tes études en prenant la décision d’être à l’école supérieure d’art des Pyrénées à Tarbes une des plus petites écoles d’art de France. Pourquoi ces choix et ce refus d’aller dans les grands centres ? Et surtout, maintenant que tu es installé, est-ce que tu peux dire que c’est possible d’envisager de commencer sa carrière d’artiste loin des centres névralgiques de l’art contemporain ?  

Bien sûr c’est un vrai choix pour moi de rester en région tout comme le fait de faire une petite école d’art. Je crois qu’en fait j’ai toujours eu tendance à m’écouter et j’ai besoin d’avoir un confort de vie qui me permet de me sentir bien là où je suis pour avoir des relations presque familiales avec les gens que je côtoie que ce soit les artistes, les directeurices de centres d’art ou les conseiller.es de la DRAC ou je ne sais quoi. Rester à Tarbes c’était pareil, j’ai fait le choix d’être dans une petite école familiale où les gens se connaissent à tel point qu’on se retrouve à parler d’art en soirée ou faire des soirées en faisant de l’art ! En fait j’essaie de limiter les frontières entre les relations qu’on peut avoir et le travail. Depuis l’obtention de mon diplôme, il y a un an maintenant, j’ai fait le choix de m’installer à Sètes. Cette position géographique je l’ai choisi aussi dans l’optique d’avoir un atelier avec un confort de vie et en même temps pour être honnête avec toi, Sètes fait partie de la région occitanie comme Tarbes. Ce sont les deux extrêmes dans cette région et ça me permet de continuer à développer mon réseau au sein de cette région en conservant le réseau que j’ai pu faire au sein de l’école tout en l’ouvrant vers Montpellier où même Nice. Aussi cela reste très facile pour moi d’aller à Paris ! C’est aussi de cette manière là que je conçois ma vie d’artiste. C’est-à-dire que je veux bien être artiste et je sais que c’est un milieu difficile mais j’ai besoin d’avoir un confort de vie et d’avoir quelque chose qui puisse m’animer en dehors de l’art.

C.B. : Tu pourrais donc aller jusqu’à le conseiller à de jeunes artistes qui sortiraient des BA ?

Je pense fondamentalement que chacun doit faire comme iel le sent. Mais je conseille souvent aux plus jeunes de faire Tarbes parce que, même si c’est une école qui n’a pas la même renommée que la Villa Arson ou que les BA de Paris, je pense qu’il y a des choses qui se passent dans les petites structures qui ne sont pas possibles ailleurs. Même si on dit qu’il peut manquer des ateliers dans les petites écoles ou que tu ne rencontreras pas tel.le collectionneur.se ou tel.le galeriste si tu te trouves dans cette petite ville, je crois vraiment que là où il n’y a pas, il y a aussi plus de choses qui peuvent se faire et que tout est à construire et je préfère partir d’une base où il n’y a rien et construire les choses ! Cela m’anime beaucoup moins d’aller là où les choses sont déjà faites. Je n’ai pas envie de me modeler pour pouvoir rentrer dans des espaces préconçus. Donc évidemment que je pourrais conseiller à des jeunes artistes qui finissent leurs études de pas forcément aller à Paris s’iels n’en ont pas envie et qu’iels n’en ressentent pas le besoin ! Je pense qu’il n’y a pas de secret : il faut être mobile, il faut être présent, et être là sincèrement avec les gens. Les choses se feront si on a envie qu’elles se fassent. Et puis aller à Paris cela ne veut pas dire avoir un atelier, avoir une galerie, etc. Cela signifie simplement que tu es là où ça se passe mais peut-être qu’il ne se passera rien pour toi.

C.B. : Je trouve cela bien que tu dises cela ! Alors force à vous qui ne faites pas les BA ou les Art Déco de Paris !! haha ! Pour finir, je vais te poser une question que je poserai systématiquement à chacun et chacune de mes invité.es. Est-ce qu’aujourd’hui tu réussis à vivre de ton travail d’artiste ? Et si non, quels moyens tu as trouvé pour gagner des sous parce que c’est bien de cela dont on parle. 

Hum… Alors j’ai fait le choix en sortant des BA de ne jamais faire de job alimentaire. Et le fait de ne pas vivre à Paris c’est aussi ça ! C’est que je peux payer mon loyer sans aller travailler à Bio c Bon et ça c’est quelque chose qui est très précieux pour moi. Donc à l’heure actuelle j’ai un atelier que j’ai la chance de ne pas payer parce que c’est un atelier de la ville, ce qui me fait un loyer en moins. Et concrètement je navigue entre des résidences ou je suis payée, évidemment, et des expositions. Après j’ai pris une décision radicale qui est de ne pas postuler sur des appels à projet où il n’y a pas de rémunération. Alors c’est aussi à prendre avec des pincettes parce que bien sûr que j’ai fait des projets où il n’y avait pas de rémunération encore il y a deux mois je montais à paris alors qu’il n’y avait ni budget pour les transports, ni pour le logement ni même de rémunération donc quand je fais ce choix d’aller à paris ben je fais des covoiturages, je remplis ma voiture et j’essaie de me démerder pour finalement payer 20 euros mon aller-retour Paris-Sète. Donc voila, je fais des choix qui n’amputent pas mes finances et à la fois d’autres choix où je récupère de l’argent assez facilement en faisant des résidences, des conférences. Aujourd’hui tu le sais, je n’ai pas de galeries. Je pourrai même presque dire que c’est un choix.

Disons que je ne me fais pas réellement de soucis par rapport à l’argent. Peut être parce que j’arrive à vivre avec peu de choses. C’est ce que je te dis quand je te parle de mon choix de ne pas vivre dans les centres névralgiques parce que lorsque je fais une résidence, si j’ai 500 euros de budget de prod moi je vais essayer de négocier avec la résidence pour utiliser seulement 250 euros et injecter les 250 euros restants dans ma prochaine expo. Et finalement ça fait un an que je n’ai pas dépensé de tunes dans ma production alors que j’ai des temps à l’atelier, en résidence, et aussi des temps sans être payée. Finalement tout le matériel que j’ai à l’atelier je l’ai parce que je l’ai négocié avec des résidences que j’ai faites. Donc aujourd’hui j’arrive à vivre de mon travail artistique. Enfin quand tu parles de moyens, je me dis qu’il faut vraiment trouver des moyens et des stratégies pour arriver à produire et à faire des choses sans forcément avoir de l’argent ou sans forcément être dépendant.e de ça. En tous cas, j’essaie de ne pas dépendre de cet aspect financier. On en parle beaucoup dans l’art et j’essaie de me tenir assez loin de tout cela. Cela peut paraitre assez idéaliste mais pour l’instant c’est comme ça que je vis et j’essaie de faire ça un peu au jour le jour.

C.B. : Tu dis que c’est assez idéaliste mais que les auditeurices qui ne te connaissent pas ne se méprennent pas, t’es pas issue d’une famille bourgeoise qui gagne des milles et des cents, loin de là même si je peux me permettre.

Hahaha ! Non je ne suis pas rentière ! Il n’y a pas de ça !

C.B. : J’entends ta mère derrière qui se marre hahahaha !

J’avoue ma mère est à côté, elle est commerçante c’est le confinement. Là on ne sait pas où ça en est ! Donc non ce n’est pas idéaliste dans le sens où ça ne veut pas dire que si je dis ça aujourd’hui, demain je ne me poserai pas la question et je me la suis peut-être posée avant hier c’est juste que j’essaie toujours de trouver des stratégies et des méthodes pour payer mes délires artistiques. Mais ça n’empiétera pas sur mon confort de vie et ce que je vais bouffer demain.

C.B. : C’était le premier épisode de PRÉSENT.E. Merci de l’avoir écouté et merci Marion d’avoir accepté de discuter avec moi malgré les conditions extrêmes d’enregistrement. Je remercie également Tom Delangle d’avoir créée le visuel de PRÉSENT.E et à David Walters d’avoir accepté de me prêter sa musique pour le générique. J’espère que ce format vous plaira. N’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez à m’envoyer des messages pour me dire ce qui vous a intéressé ou pas, c’est Camille Bardin sur tous les réseaux. Je mettrai un maximum d’info sur Marion sur les différentes plateformes sur lesquelles je posterai ce podcast. Je ne sais pas encore où d’ailleurs mais on verra et je vous préciserai tout cela au fil des épisodes. Pour le prochain épisode de PRÉSENT.E j’accueillerai Camille Juthier et on parlera surement d’éco féminisme, de normes et de déconstruction. Mais d’ici là prenez soin de vous. Je vous embrasse.

Publié par Camille Bardin

Critique d'art indépendante, membre de Jeunes Critiques d'Art.

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